Les indignés du Bugey

mardi 10 février 2015
par  Dan

Les militant-e-s de la CLA partagent un projet commun et se reconnaissent dans les principes fondateurs de notre coordination. Nous ne sommes pas pour autant une organisation monolithique : nous pouvons avoir des points de vue différents sur les mouvements sociaux auxquels nous participons. C’est pourquoi nous publions deux articles sur le mouvement des indignés d’Ambérieu.

Août 2011

Vu l’ampleur des suites de la mobilisation espagnole du mois de mai pour une démocratie réelle, il semble opportun d’apporter, dans le n° 2 de L’Éclat, une réflexion sur ce mouvement et, tout particulièrement, sur la mobilisation du mois de juin à Ambérieu-en-Bugey.

Dans l’Ain, le premier rassemblement de soutien aux indignés espagnols s’est déroulé place de l’Hôtel de ville, à Ambérieu. Une cinquantaine de personnes avait fait le déplacement : une quinzaine de réunions ont suivi ce premier rendez-vous. Tout naturellement, des militants de la CLA sont descendus dans la rue pour soutenir les individus qui, sur les places espagnoles, essayaient d’expliquer aux nombreuses personnes présentes les concepts de démocratie directe, d’autogestion, d’entraide entre les individus. Il aurait été fort regrettable de faire l’impasse sur l’opportunité de nous exprimer et de donner notre vision libertaire d’un projet de société. Bien sûr, car il y a toujours un « bien sûr », ce mouvement des indignés n’a pas vraiment fait l’unanimité dans les organisations anarchistes . Certaines et certains camarades ont trouvé tout ça « trop citoyenniste , pas assez ceci, pas assez cela, trop bordélique, trop gentillet, pas assez militant, pas vraiment intéressant… Du coup, j’y vais pas ou j’y vais plus… ». Peut-être, mais il serait bon que ces camarades réfractaires au mouvement des indignés se posent une question : où est notre place, si ce n’est aux côtés de celles et ceux qui s’interrogent, qui cherchent à changer leurs rapports au monde, qui sont là et essayent de trouver des solutions pour vivre ensemble et autrement que dans ce fichu monde capitaliste ?

Camarades, les anarchistes qui sont descendus dans les rues au cours de ces différents rassemblements n’ont certainement pas perdu leur temps. Les rencontres ont été fructueuses. Des gens qui se disaient apolitiques lors de la première réunion, qui ne voulaient pas entendre parler d’étiquettes politiques, de syndicats, ont compris — au fil du temps, des discussions, des rencontres avec ces drôles d’anarchistes qu’ils découvraient, avec ces militants qui se battent dans de tous petits syndicats et qui causent de grève générale, avec ces acteurs du monde associatif —, l’intérêt de s’organiser, de créer quelque chose ensemble afin de lutter contre ce putain de système. Bien sûr, car il y a toujours un « bien sûr », ce qui a pu être vécu dans la petite ville rurale d’Ambérieu est, à n’en pas douter, différent de ce que certains indignés ont pu véhiculer dans de grandes métropoles comme Lyon ou Paris, par exemple. Mais, en ce qui nous concerne dans le Bugey, des gens se sont croisés, sont sortis de chez eux, se sont réunis en dehors de tout appel de parti politique ou d’organisation syndicale, ont repris en chœur sur cette petite place de campagne des chants révolutionnaires, ont vu qu’il était possible de prendre la parole sans attendre qu’on leur en donne la permission. En un mot, ils ont commencé à reprendre l’espace public, à faire vivre ces places et à s’écouter. Rien que pour ça, il était important d’être là, pour dire que des solutions et des alternatives à ce monde capitaliste existent et que nous autres anarchistes avons des propositions concrètes à faire connaître et à développer avec toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans la construction d’un projet de société libertaire.

Les indignés du Bugey ont décidé de continuer à se voir au cours des prochains mois, ils ont commencé à se fédérer entre associations et collectifs. Tout cela ne peut qu’être de bonne augure pour les prochaines luttes à mener dans notre département.

Août 2011