Bandits !

mardi 10 février 2015
par  Gia

Ricardo Florés Magón : ¡ Bandidos ! (Regeneración numéro 67 du 9 décembre 1911)
Traduit de l’espagnol (Mexique ) par Gia

Voilà le nom que nous donnent les défenseurs de l’ordre. Pourquoi ? Parce que, en même temps que nous montrons à nos frères de misère que tout ce qui existe doit être à tous, nous les invitons à en prendre possession.

Qui a produit la terre ? Les Messieurs gantés, en redingote, qui disent qu’elle leur appartient ? Non ; la terre est un bien naturel commun à tous les êtres vivants. Qui a construit les maisons, fabriqué les tissus et tout ce qui fait que la vie est confortable ? Les Messieurs qui vivent dans de somptueux palais et logent dans des hôtels de luxe ? Non ; tout cela est sorti des mains des pauvres qui s’entassent dans des taudis, qui pourrissent dans des prisons, qui se fanent dans les bordels et qui meurent dans les hôpitaux, en pleine rue, sur la potence, n’importe où...

Bandits ! Nous qui voulons qu’il n’y ait plus de bandits !

Non, Messieurs les bourgeois ; c’est vous qui êtes des bandits : vous qui vous êtes appropriés sans aucun droit les biens naturels que vous n’avez pas fabriqués et les produits du travail humain qui ne vous ont pas coûté une seule goutte de sueur.
C’est vous qui êtes des bandits, Messieurs le bourgeois. Vous qui, en toute légalité et parce que la Loi est la maquerelle de votre rapacité, dérobez la plus grande partie de ce qui a été produit par les travailleurs, sans courir le risque d’être enfermés en prison. Ah ! Entre bandit et bandit, je préfère celui qui jaillit d’un buisson au détour du chemin, le couteau à la main et l’âme résolue en criant : « la bourse ou la vie ! » ; je le préfère, dis-je, au bandit qui, tranquillement, froidement, sereinement, assis à son bureau, suce le sang de ses ouvriers.

Et pour le premier bandit, pour celui qui attaque et assume les risques de son audacieuse aventure, il y a la prison ou le peloton d’exécution. Pour le bandit en gants blancs, il y a le respect, l’honneur, le bonheur.
Ainsi vont les choses dans ce système où règne la plus grande injustice sociale. Pour les honnêtes défenseurs de l’ordre, voler n’est pas un crime si le vol est considérable ; mais il l’est si le vol est « minable ». Un banquier, un commerçant peuvent organiser des combines qui conduisent à la famine et à la tristesse des centaines de milliers de foyer ; cela passe pour une opération financière habile. Un homme affamé dérobe un morceau de pain : cet homme est un voleur.

L’Autorité, encore plus maquerelle que la Loi parce qu’elle est son exécutrice, soutient tout cela. Mort à l’Autorité !


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